Le premier blog et forum sur la typographie en France

Source : Et Cassandre créa le Bifur.
80 ans après, ce qui est incroyable, c’est l’audace. Une audace pourtant très française, venue d’ailleurs. D’Ukraine1, de la publicité, de l’affiche, de l’illustration. La synesthésie que Baudelaire appelait de ses vœux 80 ans auparavant2, Cassandre l’accomplit avec ses caractères magico-ludiques. Il donne naissance au mystère accessible et fascinant de la typographie. Se mêlent l’avant-garde, le surréalisme3, le jeu.
Le Bifur est biffé, strié, l’Acier est métallique, le Peignot dépeint et le Graphika graphique jusque dans les machines à écrire.

Source : The Hour Lounge à propos du Bifur.
Le Bifur ? C’est un vrai caractère de titrage, un caractère lithographique. Une nouvelle tradition française s’installe, syncrétisme de tous les syncrétismes et de toutes les avant-gardes, avant ou après les autres. Il en reste une sorte de Bauhaus classique. Couverture en Bauhaus, Sabon inside. Les lettres ornées de fournier, le Didot extra-gras (e.g. Ambroise), le Banjo (e.g. Anisette), le Bifur, l’Acier, le Berto, le Banco, le Choc. La typographie devient un art populaire. nous vivons plus que jamais à l’ère de cette typographie-là. Et, qu’importe ce que peuvent maugréer certains cassandres de la typographie, il y a tout lieu de s’en réjouir.
Signalons enfin cet excellent blog hommage au Cassandre, Et Cassandre créa le Bifur auquel nous devons l’illustration de cet article.
1 Cassandre était originaire d’Ukraine.
2 Baudelaire, Correspondance, 1857:
« Les parfums, les couleurs et les sons se répondent.
Il est des parfums frais comme des chairs d’enfants,
Doux comme les hautbois, verts comme les prairies, – Et d’autres, corrompus, riches et triomphants,
Ayant l’expansion des choses infinies,
Comme l’ambre, le musc, le benjoin et l’encens,
Qui chantent les transports de l’esprit et des sens. »
3 Fin des années 1920, début des années 1930, il y avait une revue surréaliste qui s’appelait Bifur.
— Frank Adebiaye