Le Typographe

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fontes 16 décembre 08

Les Henderson de Porchez Typofonderie

comparaisons

Comparsion entre le ITC New Baskerville et le Henderson Serif.

Jan Tschichold avait créé les Sabon, Jean François Porchez, après les Le Monde inspirés du Times, crés pour le quotidien Le Monde et d’autres usages du groupe homonyme, avait réalisé les Sabon Next. Là, pour les Henderson, du nom du fondateur du Boston Consulting Group, la démarche est moins ample et le restera. En effet, les Sabon Next réunissent 47 graisses, commercialisées en quatre coffrets par Linotype.

Pour ces Henderson, la demande était bien sûr beaucoup moins importante. Car, en effet, que cherche une firme comme le BCG lorsqu’il commande, via Antonella Mei-Pochtier et The Creative Factory? Un peu ce que décrivent les spécialistes ayant examiné ces caractères. Soit quelque chose véhiculant le classicisme en le faisant entrer dans l’air-e numérique. Mais il s’agit surtout, ou parfois, de se doter de typographie fiduciaire (de confiance, peu imitable) et d’éviter de payer des droits aux fonderies commercialisant des fontes.

bcg report

Exemple d’usage typique au sein du BCG.

C’est d’ailleurs ce que des compagnies spécialisées dans le stylisme des marques commerciales argumentent. Difficile, pour des compagnies telles le Boston Consulting Group ou The Creative Factory, de plaider que les cordonniers sont les plus mal chaussés. Et c’est aussi pourquoi le BCG gagnerait à se doter d’un plus large éventail de graisses (des extra-light et light sont à venir d’après Jean François Porchez). Ce n’est pas déjà le cas. Bon, je ne vais pas développer le thème de la conférence du salon Intergraphic 2009: “De la nécessité d’une typographie exclusive — Ou comment le dessin d’un alphabet spécifique permet de mieux marquer son territoire” (par Christophe Badani, dit Le Typophage, un peu comme Le Titien, mais en moins Cador, et Benoît Higel). Cela se discute.

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Henderson Serif Head.

Ce qui ne se discute pas c’est que Jean François Porchez apporta aux Henderson, avec ou sans empattement, le soin mis à peaufiner les Times ou les Sabon.

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Henderson Sans.

On connaît les principes guidant la patte de Jean François Porchez: lisibilité, élégance, économie de papier. C’est un peu contradictoire parfois. Et justement, la mise au point typographique, surtout pour des caractères de labeur, c’est l’art d’accommoder les paradoxes. C’est, parfois, pour donner du rythme, une légère inclinaison de l’axe des signes, pour “éclairer” le texte, des formes dites “plus ouvertes”.

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Comparaisons entre les versions plombs, le ITC New Baskerville et l’Henderson Serif.

Au temps du plomb, question ouverture, il ne fallait pas aller trop loin, au risque de percer le papier (qui se souvient des o et des O des stencils percutés par des touches de machines à écrire sait ce qu’il en est) ou d’écraser le plomb (idem, mais cette fois, les touches frappent un ruban encré qui bouche les contreformes sur le papier). Baskerville, travaillant à l’époque numérique, aurait-il opté pour les choix de Porchez? Le Henderson avec empattements pourrait le laisser supposer parfois, mais il n’est pas sûr que l’option retenue aurait été au goût de l’époque de Baskerville (qui, lui-même, innovant fortement, fut parfois fort critiqué pour ses audaces, avec plus ou moins de bonne ou mauvaise foi).

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Henderson Serif.

hendersonserifhead

Henderson Serif Head.

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Henderson Sans.

En réalité, c’est bien une revisite profonde qui a été opérée, et de manière évidente pour la chasse, restreinte par rapport aux originaux, des capitales. On composera légèrement plus “compact”. À l’usage, en composition, un Henderson Serif 10,5 points correspond peu ou prou à un ITC New Baskerville en corps 12 mais il chasse moins, tout en gagnant en hauteur d’œil. Ce qui l’harmonise avec le sans empattement, resté proche des Helvetica-Arial quant à l’aspect général, mais il aussi retravaillée. Il a été affiné pour d’une part accentuer la cohérence avec celui à empattement, optimiser le rendu sur les papiers couchés actuels, et d’autre part faire en sorte qu’un affichage sur une page Internet, avec ou sans substitution des caractères (l’Arial est très répandu), ne provoque pas des débords ou des artefacts se remarquant. L’harmonisation entre les deux caractères confère un aspect un peu plus “robuste” à la version serif, particulièrement en version italique.

hendersonarialbaskerville

Comparaison des hauteurs d‘œil et chasses des ITC New Baskerville, Arial, Henderson Serif, Henderson Sans.

L’ITC New Baskerville et l’Arial étaient les deux caractères typographiques utilisées précédemment. Les collaboratrices et collaborateurs du groupe conserveront donc leurs habitudes, et seront peu surpris de la substitution. Et en cas de pataquès (travail sur ordinateur portable personnel, ou unité centrale à domicile, ce qui implique une substitution de caractères), il sera facile de réadapter une mise en pages (voire de la conserver à l’identique). La transition se fera harmonieusement, “sans couture”, comme on dit encore à présent.

Tout autre aurait été la démarche, sans doute, s’il s’était agi de remodeler l’image de marque du groupe à la suite d’une fusion-acquisition ou d’une plus large diversification de ses activités. Là, la continuité était assumée.

Henderson Sans.

Bien évidemment, le format OpenType (parfum TrueType) a été adopté, et la mise en pages à l’aide de logiciels professionnels permettra de révéler davantage qu’auparavant la diversité des glyphes ligaturés, notamment les st et ct, cette dernière étant plus fréquente en anglais qu’en français. Tant pour la version serif que le sans, des caractères, et des symboles, qui n’étaient pas présents dans des versions plus anciennes des ITC Baskerville ou Monotype Arial ont enrichi la gamme des glyphes. On remarquera aussi la présence de trois glyphes d’arobase.

Le travail à effectuer pour de telles revisites de caractères est beaucoup plus considérable qu’il n’y parait. D’une certaine manière: tant mieux. Cela doit permettre, comme pour la typographie fiduciaire (pour laquelle, par exemple, l’Imprimerie dite “nationale” — c’est devenu une société anonyme sous le gouvernement Balladur — ajoutait des signes imperceptibles à l’œil nu aux fûts ou hampes de certaines lettres figurant sur des billets de banque) de ne pas faciliter le travail des imitateurs. Cela peut paraître dérisoire dans le cas du Boston Consulting Group qui met ses logotypes à disposition de certains visiteurs. Mais pourtant, ces logotypes revus par Jean François Porchez ont une particularité. Leurs petites capitales diffèrent de celles de la police de caractère correspondante. Et c’est bien parce que BCG diffuse ses logotypes qu’il est permis ici de l’écrire. Mais ce n’est pas à des spécialistes tel(le)s que les visiteuses et visiteurs régulièr(e)s de ce site de l’ATypI que je vais apprendre ce genre de chose. Pour les autres, une visite du site de Jean François Porchez s’impose: les documents en ligne ont une valeur didactique certaine et précieuse pour “se faire l’œil”. Voyez aussi les discussions sur le forum de ce site. Bonnes visites…

Henderson Serif Head, Henderson Sans, Henderson Serif.

Jef Tombeur

2 commentaires

  1. Un caractère très réussi – c’en est presque dommage de voir qu’il a été créé pour une companie comme le BCG. Comme souvent chez les caractères de Porchez, c’est le dessin du « a » qui me plaît le plus. Beaucoup de créateurs de caractères (« caracréateurs » ?) donnent à la boucle de cette lettre l’aspect d’un testicule avachi (ou pire parfois, d’une grossesse extra-utérine). Ici, le a reste élégant.

    J’aime aussi voir des polices un tant soit peu négligées servir de base à un travail contemporain. Malgré des liens historiques très forts avec le Baskerville, mon université utilise du Sabon depuis des années, hélas…


    yarkout — 17 décembre, 10:52

  2. Il me semble qu’une discussion sur les Henderson avait été esquissée sur le forum (de ce site, voir le lien en haut).
    Caracréateurs et glyphocréatrices ? Tiens, pourquoi pas ?


    Jef Tombeur — 17 décembre, 19:49



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