Le Typographe

Le premier blog et forum sur la typographie en France


livres 8 décembre 08

La typographie du livre français

latypodulivre_2008.jpg Cet ouvrage est fort intéressant car il tente de dresser un état des lieux de la typographie dans l‘édition Française. C’est un ouvrage qui logiquement permet de se forger une opinion à propos des causes de la déchéance de la forme du livre courant d’aujourd’hui en France. Nous avons des exceptions fort bien conçues, comme certaines collections jeunesse, des catalogues d’exposition artistiques, de petites éditions, mais le gros des publications ne sont pas soignées côté typographie.

Certes les couvertures sont de mieux en mieux, mais c’est surtout pour répondre à des contraintes de ventes à courte terme. La forme du contenu est totalement négligé — pourtant c’est ce qui permet rendre l’expérience de lecture la plus agréable possible. Le choix des caractères est médiocre, la mise en page souvent faible, le choix des papiers, des proportions, de la reliure, n’en parlons pas…

La typographie du livre français (qui est le fruit d’un travail des enseignants et étudiants de l’IUT Michel de Montaigne, Université Bordeaux 3), est un ouvrage à propos de l‘édition, mais c’est surtout un ouvrage qui traite de typographie, ce qui nous intéresse ici particulièrement. Ce qui est étonnant dans ce livre, c’est que malgré des intervenants multiples, un constat final similaire est partagé. Un livre à lire d’urgence, au niveau des productions Anglo-saxonne pour l’intérêt de son contenu. C’est rare, il faut en profiter.

Sujets abordés, sommaire:

— Évolution graphique du livre.
— Esquisse d’une histoire des caractères (par Christophe Kechroud-Gibassier).
— Rencontres professionnelles: Jean François Porchez, Massin, Gérard Berréby, Franck Jalleau, Philippe Millot.
— Études éditoriales: Philippe Schuwer, Olivier Bessard-Banquy, Marc Arabyan, Jérôme Faucheux, Olivier Deloignon.
— Conclusion.
— Bibliographie.

4e de couverture:

Du plomb au numérique, de la typographie classique à l’impression en offset, le livre français a plus évolué en un demi-siècle qu’il n’avait changé depuis Gutenberg. Les techniques de composition et d’impression des textes, hier « de plomb, d’encre et de lumière », sont aujourd’hui électroniques ou numériques. Le design éditorial, austère et sage il y a encore cinquante ans, est devenu exubérant voire éclaté. Avec l’apparition de typographes de génie comme Pierre Faucheux, les volumes de l’édition de Paris et d’ailleurs se sont faits inventifs, surprenants, iconoclastes. Le développement des couleurs dans la société a donné en librairie des couvertures accrocheuses, pétaradantes de tons vifs ou acidulés. Dans le même temps l’essor de la photocomposition a permis de jouer des possibilités de la gamme typographique comme le chat joue avec la souris.

La publication assistée par ordinateur (PAO) permet d’aller encore plus loin aujourd’hui et de varier à l’infini le traitement typographique des titres et des textes — mais le résultat est-il heureux pour l’œil du lecteur ? L’utilisation facile des outils de mise en page, la « déprofessionnalisation » des métiers du livre qui s’en est suivi n’expliquent-elles pas la dégradation de l’objet-livre que déplorent de plus en plus de « bibliomanes » ? Qu’est-ce qui a changé, fondamentalement, dans la conception et la réalisation des livres ces dernières décennies ? Telles sont, parmi d’autres, les questions qui ont été posées à des typographes comme Jean François Porchez ou des graphistes comme Massin pour faire le point sur l’évolution de la mise en page. Quelques études en annexes sont l’occasion d’aller plus loin et de réfléchir sur les mutations de l’objet-livre et les changements techniques ou graphiques de l’édition française.

Sérieux, précis, La Typographie du livre français est dédié aux professionnels de « la galaxie Gutenberg ». Au-delà, il s’adresse aux amoureux du bel ouvrage et de la typographie classique et moderne qui veulent découvrir, à l’occasion d’une promenade dans les services techniques de l’édition française, comment sont conçus et réalisés les livres des arts et lettres.

La typographie du livre français par Olivier Bessard-Banquy, Christophe Kechroud-Gibassier, édité par les Presses Universitaires Bordeaux. Disponible également à la Fnac.
20€, 272 pages, broché, format 15 × 21 cm. ISBN 2867814995.

Jean François Porchez

6 commentaires

  1. M’a l’air très très bien ce livre! Pas trop cher en plus. C’est vrai qu’on réclame davantage de vrais scripteurs dans nos contrées, pour adjuver le sérieux travail mené par des gens comme Catherine de Smet, Michel Wlassikoff, Sébastien Morlighem…


    Jean-Baptiste Levée 8 décembre, 16:36

  2. Ya quand meme quelques editeurs en France qui font du bon boulot (et je parle de livres a lire, pas des livres de graphistes a regarder) – typographie aereee, choix des papiers, creativite subtile de bon gout pour les couvs – bref, une envie de faire de beaux livres et de servir le lecteur, je pense surtout a Wespieser, Zulma ou meme Allia.
    Comme quoi, ca peut exister!

    http://www.swediteur.com/titre.php?id=78
    http://www.alliaeditions.com/nouveauteslist.asp?cmd=resetall
    http://www.zulma.fr/


    xavier — 8 décembre, 18:54

  3. Xavier, nous sommes d’accord, les petites maison: ils font du très bon boulot. D’ailleurs l’interview du boss des éditions Allia est très très intéressante. Le problème c’est plutôt les majors.


    j f p 8 décembre, 19:29

  4. Xavier : Merci pour ces liens très intéressants vers les trois maisons d‘édition. Je ne connais pas beaucoup de titres dans leur catalogue, ceci dit. Quelque chose me frappe : le goût dominant est pour les compositions aérées qui paraissent gris un peu pâle quand on regarde la page. Peut-être que je suis bêtement nostalgique, mais j’ai un peu de mal à céder au goût ambiant et j’aime assez le côté plus dense et plus foncé des typographies plus anciennes : par exemple les premiers “folio(s)” de chez Gallimard, ou les livres édités par Connard au siècle dernier. Les premiers livres de La Pléïade, avec toutes leurs ligatures, paraissent difficiles à lire de nos jours mais certains sont très beaux (je recommande le Bossuet à reliure blanche du début des années 1930).

    Je suis tout à fait preneur de listes de livres et collections bien typographiés !


    yarkout — 8 décembre, 21:12

  5. Par composition aeree, je veux dire largement interlignee et avec des fonds (marges) larges. C’est quand meme plus agreable pour la lecture. Biensur, je prefere quand les caracteres marquent bien la page.

    Certains editeurs veulent a tout prix faire des efforts d’originalite mais a mon avis ils se plantent.
    ex, Actes Sud; format trop allonge qui s’ouvre mal, papier trop jaune et le malheureux ITC Garamond.
    Autre ex. Eloise D’Ormesson; Couverture qui en fait trop, un logo aussi gros que le titre du bouquin… manque de sobriete. Ils ont voulu se faire une image ‘djeuns’ mais ils ont oublie qu’ils editaient des livres et pas des magazines.

    Bon, pour la Pleiade, je ne suis pas fan des ligatures tous les 3 mots et du papier Bible transparent.

    J’en suis pas a faire arracher les jaquette illustrees comme le preconisait Tschichold mais c’est vrai que pour les livres – de litterature – j’aime bien quand ca reste plutot sobre ou subtil.

    Yarkout, Connard editeur je ne connais pas et c’est pas evident a… Googliser…
    ;)


    xavier — 8 décembre, 21:48

  6. Oui Xavier : C’est difficile à trouver sur Google. J’ai cherché Google books et je me suis rendu compte qu’il s’agissait de Louis Conard et pas Connard. http://img.photobucket.com/albums/v681/shamrock100/books/3musk9.jpg te donne une idée.
    Je vais regarder les livres dont tu parles. Merci beaucoup. Si tu as d’autres exemples de BONS produits, je suis preneur aussi! (cf “Nous avons des exceptions fort bien conçues, comme certaines collections jeunesse, des catalogues d’exposition artistiques, “)

    La Pléïade a moins de ligatures qu’auparavant. J’avais bossé pour un éditeur sur un projet pour concurrencer la Pléïade : une édition compacte luxueuse au format de poche mais qui coûte 50% de moins à produire pour avoir des marges supérieures en vendant moins cher. Techniquement c’est possible, mais il n’y avait pas vraiment de marché… En plus la personne qui avait fait le dessin était persuadée que le Twentieth Century Condensed était une bonne idée ! Je suis curieux de savoir quels caractères la collection Quarto utilise.

    Tout ceci pour dire qu’il y a pas mal de choses à faire dans l‘édition en termes de typographie etc. J’achèterai ce bouquin lors de mon prochain passage en France.


    yarkout — 10 décembre, 14:09



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