Le premier blog et forum sur la typographie en France

Les différentes séries, en sans et serif.
Nous annonçons avec du retard, que c’est pour l’agence de design Seenk que Christophe Badani a conçu des alphabets pour Vinci, sous l’enseigne de sa fonderie, Typophage. Comme souvent, l’objectif de ces nouveaux alphabets est de construire un style graphique qui sera commun à l’ensemble des entreprises du groupe. En édition, les entités du groupe (Concessions, Energies, Constructions, Parkings, etc.) ont leurs propres codes graphiques. Ainsi, comme le logotype, la typographie devient un des fils conducteurs de l’identité visuelle Vinci.

Le mot clé Hamburgefonstiv sans et serif.
Les commentaires sont toujours délicats entre confrères. Comment commençer? D’après les exemples en ligne (et parfois ils sont trompeurs, un caractère en png n’a souvent rien avoir avec une vraie application imprimée), j’y vois un ensemble bien construit, en rapport avec l’esprit des activités de la marque Vinci. Une interrogation me vient immédiatement, c’est le manque de lien avec le lettrage très marqué du logotype? Un choix délibéré de l’agence, du créateur?
La version à empattements est une sorte de mécane, ce qui correspond bien à l’image du groupe français Vinci. La suprise vient de son italique qui est très calligraphique, d’inspiration chancelière avec sa structure triangulaire marquée.
Simple, sobre, dans la grande tradition des néo-grotesques, la version sans empattements me semble mieux réussie que la version à empattements. Cette dernière semble avoir été conçue d’après la version Sanserif? Il est vrai que décliner une version à empattements d’un caractère sans empattements n’est pas chose aisée, l’inverse est beaucoup plus simple d’après mon expérience. Mais ceci reste une pure supposition sans confirmation de son auteur. Il est clair que les Sanserif, toujours en tête des ventes des fondeurs sont plus employés dans le business que les caractères à empattements. Partant de cette constatation, la version sans empattements n’a pas d’italique dans les exemples: c’est étonnant sachant le nombre de graisses existant et les usages potentiels.

Une application.
Pour finir, avec ce nouveau caractère, Seenk et Typopage prouvent encore que les caractères d’identité visuelle sont parfaitement envisageables dans des systèmes graphiques contemporains variés. Seenk montre l’exemple en établissant un contrat sur le long terme avec un créateur de caractères, les autres agences de design (et communication) devraient en faire de même plutôt que se rabattre trop souvent sur les mêmes choix, tel l’inimitable Din.
— Jean François Porchez
9 commentaires
¶ velvetyne — 1164 jours auparavant
J’aime beaucoup cette création de Christophe. Je pense que cette typo marquera l’histoire de la typographie car elle pose un jalon à mon sens tout à fait décisif dans l’intrusion de la typographie dans le monde réel et encore largement inexploré par la typographie : celui de l’entreprise. Je dis bien l’entreprise et pas seulement le produit de grande consommation. La typographie sort de la simple mercatique pour entrer par la grande porte dans le monde de l‘économie. L’agence Seenk, grâce lui soit rendue, a su envisager son métier de communication par le haut en intégrant la typographie dans son métier. A l’heure de la facilité des formes, de l’ubiquité et de la versatilité des messages, la typographie donne du fond et de la structure à la forme.
Belle leçon de maître Badani qui avec son serif italique fait un beau clin d’oeil calligraphique là où on ne s’y attend pas, quand tant de supports de communication dans des univers culturels nous imposent l’us et l’abusus des caractères lassés d’un fonctionnalisme fatigué et d’une signalétique aveugle.
¶ j f p — 1163 jours auparavant
Lorsqu’on parle de Din… depuis 2003 et avant en fait.
¶ ian party — 1163 jours auparavant
Salut velvetyne, je me demandais en quoi cette police de caractère (sans juger ou douter de sa qualité) était un jalon? ou? en France? dans le monde? il y a plein de polices privées d’entreprise depuis de nombreuses années, je ne citerais que Siemens, Mercedes, Bosh, DeutsheBahn, UBS… les agences françaises le découvre peut-être (j’en doute) mais cela fait longtemps qu’en Angleterre, en Hollande en Suisse ou en Allemagne, que les agences (Meta, United designers, North etc) commandent des fonts privées pour leur clients.
En quoi faire une corporate d’entreprise en 2008 peu être un jalon? c’est un job très courant dans notre profession depuis pas mal d’année.
¶ j f p — 1163 jours auparavant
Ian: Même si je comprends ce que tu veux dire, les caractères corporate, c’est pas si vieux que cela, même chez nos voisins ou l’herbe est plus verte, c’est bien connu.
Les caractères d’entreprise publiés avant 1998, (il y a juste 10 ans) se comptent sur les doigts d’une main ou presque. C’est effectivement assez nouveau dans l’histoire de la typographie (500 ans). Et, le grand boom des caractères sur mesure pour des usages spécifiques c’est nouveau, et reste trop souvent des cas particuliers! En France dans les années 70 (pour rendre un cas local), seul Carré Noir — avec Albert Boton — associait des caractères d’identité aux nouvelles marques, mais dans 99% des cas, ces caractères n‘étaient que rarement employés, car ils devaient être composés lettre à lettre via un banc de reproduction photographique.
¶ Antoine Caillet — 1163 jours auparavant
Ça m’a l’air superbe, très harmonieux.
Combien d’années d’exclusivité pour cette fonte ?
En attendant on surveillera ce qu’en fait Vinci.
¶ ian party — 1163 jours auparavant
je suis surtout surpris du mot jalon. je suis bien évidemment d’accord que ce n’est pas si vieux et je sais que les agences française fonctionne à peu prêt de la même façon qu’en Angleterre allemagne etc, d’ou le “j’en doute”. Mais de là à dire que ce caractère va marquer l’histoire de la typographie, il y a un pas gigantesque car le chemin est déjà bien balisé.
Mais je veux pas laisser paraitre que je polémique pour polémiquer, sans avoir regarder le caractère, qui est quand même le principal intérêt de cette news.
je trouve comme Jean-François que ce caractère sort mieux en sans, j’aime bien cette version black ainsi que le light, sur l’image le mélange fonctionne très bien. le mot “Park” a un bon “groove”. Je suis moins convaincu par la version serif mais comme ça été dit précédemment il vaut mieux le voir en print qu’en png, giff et consort. J’ai un doute sur l’italic, que je trouve trop “livresque” pour un caractère corporate et à mon avis ne colle pas vraiment avec le romain, mais c’est aussi une obsession personnel de pas trop différencier italic et romain, je sais que certaine personnes aime le contraire.
¶ xavier — 1163 jours auparavant
Belle famille, Christophe!
Assez d’accord avec Ian dans l’ensemble sauf que je trouve cette ital – bien que surprenante au 1er abord pour du corporate – bien a sa place dans l’utilisation qui en est faite, comme la citation du boss. Ca remet un peu d’humanite (ou d’humanisme) dans la com toujours tres froide/serieuse.
Heureusement que tu n’as pas dessine d’ital en Sans, c’aurait ete un vrai casse-tete d’adapter ce type de formes.
Ya qu’a voir le Frutiger serif ita/Frutiger ita.
¶ ian party — 1163 jours auparavant
ça c’est mon côté suisse “trop” sérieux… on se refait pas. ;-)
¶ Christophe Badani — 1163 jours auparavant
Bonjour,
merci Jean-François et merci pour vos commentaires, toujours très intéressants. Je précise très vite que ce projet a été réalisé avec Stéphane Gabrielli qui travaille avec moi sur de nombreux projets. L’ensemble du projet a été réalisé à deux pendant six mois. Je vais essayer de répondre dans l’ordre aux questions, mais avant, partons du début :
— comme je l’explique dans mon texte de présentation des typographies Vinci, la démarche principale était de créer un vecteur graphique pour les différentes entités du groupe. Partant du constat que les filiales et les entités ont leurs propres identités graphiques, lorsqu’on mettait sur la table les différents documents d‘éditions, rien n’indiquait vraiment qu’il y avait une appartenance commune. A part le logotype du groupe, chacun y allait à cœur joie pour utiliser tantôt un Thesis, tantôt un Helvetica, un Frutiger ou même un DIN ! Pour régler le problème, on aurait pu choisir une bonne famille typographique de catalogue et obliger les filiales à utiliser le caractère dans la charte graphique, comme cela ce fait souvent. Mais ce n’est pas aussi simple. D’abord pour un goupe aussi important où il y a de nombreux décideurs pour chaque entités, et puis certains savent par expérience que lorsqu’il s’agit de faire acheter des licences de fontes aux nombreux partenaires et prestataires, cela devient très vite hasardeux, du coup on ne se casse pas trop la tête à employer un caractère plutôt qu’un autre !
Avec une typo « maison », on obtient une distribution et une disponibilité simplifiées des typographies pour les agences et les utilisateurs, surtout quand celles-ci sont employées dans de nombreuses langues et de nombreux pays.
Le second gros avantage de ces typographies corporate est d’avoir été développé dans un codage étendu de langues et comporte de nombreuses fonctions typographiques avancées, et ce, sur toutes les fontes des deux familles. Ce modèle précis en Sans Serif, de style Néo Grotesque comme le précise Jean-François, développé en OpenType Pro est assez rare dans le commerce.
Concernant le choix des deux familles, cela ne fût pas facile de prendre une décision. Plus d’un an ont été nécessaire et de nombreuses maquettes ont été présentées pour réussir à convaincre les différents décideurs sur les modèles à adopter. Les uns souhaitaient une famille plutôt humanistique, les autres plutôt géométriques. D’où le modèle final !
— JFP > Le non rapport avec le logotype Vinci est effectivement un choix de la part de la direction de l’agence. Quelquefois, il n’est pas souhaitable d’avoir un même code graphique entre le logotype & la typographie « d’accompagnement » (pour reprendre le terme des agences de design graphique). En revanche dans d’autres cas, comme celui de Pimkie par exemple, on choisira un graphisme commun.
Concernant l’ordre de réalisation, nous avons effectivement réalisé le Sans en premier car c‘était la demande la plus urgente. Et je suis tout à fait d’accord avec toi que partir d’un Serif pour faire un Sans, c’est tellement plus logique !
Avec le recul (ces familles ont été conçues il y aura presque 2 ans), je me dis aussi que le Serif est sûrement moins bien réussis, mais bon, j’ai peut-être d’avantage l’expérience des Linéales :-) Le Serif se veux du même acabis dans les formes générales, mais légèrement plus contrasté.
Pour l’italique du Serif, merci à ceux qui pensent que lorsque ce n’est pas très académique, ça fonctionne quand même ! Il a au moins le mérite d‘être très contrasté par rapport au Romain, et dans un texte, c’est mieux ! Et comme l’a si justement vu Xavier, c‘était aussi l’occasion d’apporter LA touche humanistique & moins géométrique, le cousin du cousin, chose infaisable en Sans Serif.
Enfin, concernant une typographie de commande, il est assez difficile de faire des familles aussi complètes qu’une typographie de catalogue, principalement à cause des délais et aussi du budget ! Mais on peut compléter au fur & à mesure de la demande.
— Antoine Caillet > Les droits exclusifs sont ici cédés sans limite de temps. Je sais c’est ridicule, sachant que même un groupe comme Vinci ne les utiliseront pas pendant 25 ans ! C’est un grand débat.
— Velvetyne > Je suis d’accord avec Ian Party, cette typo ne marquera rien du tout. Si déjà elle est employée comme il se doit par le groupe, c’est le principal. Par contre je vois ce que tu veux dire par « jalon », mais il y en a eu d’autres avant, je n’invente rien.
Voilà, je crois que je n’ai rien oublié.