Le Typographe

Blog et forum typographiques


commentaires 21 juillet 08

Pour une Imprimerie Internationale

Image: http://www.bulma-animation.org

La typographie au plomb est une invention allemande perfectionnée par les Italiens et commercialisée par les Néerlandais.
La France de par sa position culturelle et géographique a exercé une fonction de passeur et de dépositaire du savoir-faire typographique du monde entier, tout en l’alimentant par des créations typographiques définitives comme le Garamond ou le Didot. Son Cabinet des Poinçons, outre le témoignage de métiers en voie de disparition, offre aussi et peut-être surtout le spectacle d’un gigantesque ouvroir de la diversité.
Je m’appuie notamment sur la lecture de l’ouvrage Les Caractères de l’Imprimerie Nationale (éd. de septembre 1990 – ISBN . 2-11-081085-8) dans lequel on peut admirer les sept caractères cardinaux de l’IN à savoir le Garamont (1530-1540), le Jaugeon (1692-1696), le Grandjean ou Romain du Roi (1693-1745), le Luce (1740-1770), le Didot millimétrique ou Romain de l’Empereur (1811), le Marcellin-Legrand (1825-1827) et le Gauthier (1969-1978) mais aussi s’émerveiller devant les polices extra-occidentales du Cabinet des Poinçons où se côtoient entre autres la cunéiforme ninivite, la néo-punique, la rabbinique, la zend avestique, la palmyrénienne, l’estrangélo, la mandéenne, la nabétéenne, l’arabe karmatique, l’himyarite, le tifinag, la persépolitaine, le latin épigraphique, le copte memphitique, le nâgarî devanâgarî, la singhalaise ou encore la mandchoue.

Il faut le proclamer haut et fort : l’Imprimerie Nationale fait partie du patrimoine de l’humanité. Les travaux de numérisation en cours pourraient aboutir à au moins trois types de situation :
1. des caractères exclusifs pour des éditions et des travaux de prestige
2. une vaste commercialisation typographique — sur le monde du Panthéon ou de la Pléiade, comme on voudra
3. la diffusion des polices de l’Imprimerie Nationale sous la licence Creative Commons / SIL Open Font Licence.

La première option est la plus probable, elle est d’ailleurs largement à l’œuvre aujourd’hui. Hélas, elle me paraît par trop restrictive et confine la typographie de qualité, à un ghetto, ce qui est contraire à l’ambition universalisante de l’Imprimerie.
La deuxième possibilité reste possible, mais peu plausible. N’y aurait-il d’ailleurs distorsion de concurrence, compte tenu du fonds accumulés au titre des privilèges d’exclusivité royaux, impériaux, républicains ?
La troisième option provoquerait un électrochoc — mais un électrochoc salutaire — dans l’espace typographique français. Les valeurs du plomb numérique prendraient durablement le pas sur l’argent dématérialisé des transactions électrotypographiques dans le cadre duquel l’art de Gutenberg est parfois réduit au statut de prestations de « conseil en organisation ».

Redorer avec des vermeils nouveaux l’établissement incertain de François Premier et du cardinal de Richelieu, car, pour l’heure, le bâti ment.
Faire montre de topographie, devenir un bâtiment de marine, prendre le large, composer avec ses trésors dans toutes les langues, devenir un département de l’ONU — l’affaire est d’importance.
Se positionner sur la carte du monde, là où histoire et géographie se confondent là où finit la plate ignorance et où commence le relief des mondes oubliés des rêves impossibles devenus pourtant bien réels.
L’Imprimerie peut tout cela car elle est l’Expression Générale.

Frank Adebiaye

4 commentaires

  1. Les 2 et 3 semblent viables. Dans les 2 cas, même si je trouve l’option 3 plus en adéquation avec l’histoire de la maison et l’histoire de la typographie française, il me semble que l’obstacle principal reste les moyens humains et financiers pour que l’IN puisse se lancer dans ce genre de direction.

    Un statut particulier pour les ressources historiques de l’IN, un patrimoine dépassant les frontières françaises, pour lequel, une fondation devrait être créé par des visionnaires ayant des ressources financières…

    L’enjeu n’est pas compréhensible par les patrons français, car leurs activités sont depuis longtemps très éloignés du monde la typographie.

    Néanmoins, si un des copains du président actuel, suivez mon regard, je fais référence aux patrons de groupes de médias, avait un petit intérêt dans le futur pour la chose typographique, les caractères de l’IN, oubliés pour la plupart pourraient être redécouverts via une diffusion comme proposé en 3.

    Nous devons trouver un John Warnock francophone, pour créer un Octavo de la typo!


    Jean François Porchez21 juillet, 12:34

  2. Je reviens d’un petit séjour à Anvers, avec une visite habituelle au musée Plantin-Moretus et, en lisant Frank Adebiaye, je me demande pourquoi le gouvernement français ou la municipalité parisienne ne laissent rien entendre d’eux. C’est quand même scandaleux que le patrimoine français pourrit dans un endroit de la banlieue. Il faut une vision au-delà d’un investissement d’un patron ou d’une société. Petitionner auprès de l’Unesco peut-être ?


    thomas gravemaker — 21 juillet, 12:54

  3. Bonjour – je pense que la meilleure solution est celle d’une diffusion payante. Si ces typographies sont viables commercialement, alors elles seront sauvées. Ce qui est devenu inutile disparaît en général malheureusement. Il y a sans aucun doute de la place pour une diffusion large mais payante de ces polices. Ou bien une maison d‘édition voire une université (travaillant sur les langues anciennes dont des caractères ont été gravés, par exemple) peut voir un intérêt à conserver ces caractères. Je ne sais pas très bien combien cela coûterait de eles numériser, ceci dit… J’ai hâte de pouvoir acheter le Marcellin Legrand en numérique. C’est un de mes caractères préférés.


    David R. — 21 juillet, 23:06

  4. Ah au fait, Kouchner (entre autres) avait signé la pétition de Garamonpatrimoine (j’avais personnellement recueilli sa signature lors d’une conférence de l’Académie universelle des cultures à l’Unesco) et Nicolas Sarkozy, alors candidat, s‘était engagé aussi formellement par écrit pour la préservation du patrimoine typo de l’ex-Imprimerie nationale (devenue SA par la grâce d’un ministre du Budget… très présent en ce moment).

    Mais, bon… Les promesses n’engagent…


    Jef Tombeur — 22 juillet, 17:28


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