Le Typographe

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événements 23 octobre 06

Ladislas Mandel, 1921–2006

Dans l’atelier Deberny & Peignot: Ladislas Mandel (face) présentant les dessins de l’Univers Bold Extended à Adrian Frutiger (dos). Au premier plan, Lucette Girard. 1956. Photo Albert Boton.

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Nous avons appris hier soir la triste nouvelle: Ladislas Mandel est décédé ce vendredi 20 octobre 2006. La disparition de ce grand Monsieur de la typographie laisse un vide dans la communauté.

Initialement formé aux Beaux-Arts de Rouen, pratiquant ensuite la sculpture, la peinture et la taille de pierre en restauration historique, il est engagé en 1954 dans l’atelier de gravure en relief de la fonderie typographique Deberny & Peignot. Il y rencontre Adrian Frutiger, auprès duquel il se forme. Tous deux collaboreront pendant neuf ans.
Devenu chef d’atelier en 1955, Ladislas Mandel se voit confier l’adaptation du catalogue plomb de D&P pour la photocomposition qui en est alors à ses débuts. En 1963, à la succession d’Adrian Frutiger, il passe à la direction artistique de l’atelier. Sous l’enseigne International Photon Corporation, il crée ou recrée ensuite de nombreux caractères, avant de s’installer en indépendant en 1977 et de se spécialiser dans la création de caractères spéciaux pour annuaires téléphoniques, qui représentent aujourd’hui encore une référence.


Sa dernière création dans ce domaine est le Colorado, conçu en 1998 avec Richard Southall pour US west directories.
Enseignant à Paris VIII, cofondateur de l’ANCT en 1985, Ladislas œuvrait à la formation de jeunes dessinateurs et continuait ses propres recherches sur la lisibilité du caractère.

Grand collectionneur et bibliophile averti, nombreux de ses objets en rapport avec l’écriture sont présentés au musée de la Poste du 30 octobre au 10 mars 2007 pour l’exposition Les Lettres ont la forme! Une histoire de l’écriture.


Il publie en 1998, aux éditions Perrousseaux, Ecritures, miroir des hommes et des sociétés puis Du pouvoir de l’écriture en 2004, synthèse de son mode de pensée et subtil plaidoyer pour la renaissance d’une certaine typographie.

Voir également:

  • l’excellent article d’Olivier Nineuil paru dans le No 55 (octobre 1999) d’Étapes Graphiques mis en ligne récemment par cette revue en pdf (merci à eux).
  • La biographie écrite par Jean François Porchez pour Le Monde.

Liste des créations de Ladislas Mandel:
Tiré de Lettres Françaises
Antique Presse 1964 (Deberny & Peignot);
Arabica Arabic 1975 (International Photon Corporation);
Aster (recréation) 1960–70 (Lumitype – International Photon Corporation);
Aurélia 1967 (Lumitype);
Baskerville (recréation) 1960–70 (Lumitype– International Photon Corporation);
Bodoni (recréation) 1960 – 70 (Lumitype – International Photon Corporation);
Bodoni Cyrillic (recréation) 1960 – 70 (Lumitype – International Photon Corporation);
Cadmos Greek 1974 (International Photon Corporation);
Cancellaresca 1965 (Lumitype);
Candida (recréation) 1960 – 70 (Lumitype – International Photon Corporation);
Caslon (recréation) 1960 – 70 (Lumitype – International Photon Corporation);
Century (recréation) 1960 – 70 (Lumitype – International Photon Corporation);
Clarendon (recréation) 1960 – 70 (Lumitype – International Photon Corporation);
Clottes 1986 (Sneat – France Telecom);
Colorado 1998 (U.S. west Directories);
Edgware 1974 (International Photon Corporation);
Formal Gothic (recréation) 1960 – 70 (Lumitype – International Photon Corporation);
Frank Ruehl Hebreu (recréation) 1960 – 70 (Lumitype – International Photon Corporation);
Galfra 1975 – 90 (Seat, Promodia, Us Seat, English Seat);
Gill Sans (recréation) 1960 – 70 (Lumitype – International Photon Corporation);
Gras Vibert (recréation) 1960 – 70 (Lumitype – International Photon Corporation);
Hadassah (recréation) 1960 – 70 (Lumitype – International Photon Corporation);
Haverhill (recréation) 1960 – 70 (Lumitype – International Photon Corporation);
Imprint (recréation) 1960 – 70 (Lumitype – International Photon Corporation);
Janson (recréation) 1960 – 70 (Lumitype – International Photon Corporation);
Laura (caractère d’étude proposé aux jeunes créateurs);
Lettar 1975 (CCETT– Rennes);
Linéale 1987 (ITT-World Directories);
Lusitania 1987 (ITT-World Directories);
Messidor 1985 (Imprimerie Nationale);
Mir Cyrillic 1968 (Lumitype);
Modern (recréation) 1960 – 70 (Lumitype – International Photon Corporation);
Nasra Arabic 1972 (International Photon Corporation);
Néo Vibert (recréation) 1960 – 70 (Lumitype – International Photon Corporation);
Néo-Peignot (recréation) 1960 – 70 (Lumitype – International Photon Corporation);
Newton (recréation) 1960 – 70 (Lumitype – International Photon Corporation);
Nordica 1985 (ITT-World Directories);
Olympic (recréation) 1960–70 (Lumitype – International Photon Corporation);
Plantin (recréation) 1960–70 (Lumitype – International Photon Corporation);
Rashi Hebreu 1971 (International Photon Corporation);
Sofia 1967 (Lumitype);
Solinus (caractère d’étude proposé aux jeunes créateurs);
Sophia Cyrillic 1969 (International Photon Corporation);
Sphinx (recréation) 1960 – 70 (Lumitype – International Photon Corporation);
Textype (recréation) 1960 – 70 (Lumitype – International Photon Corporation);
Thai (recréation) 1960 – 70 (Lumitype – International Photon Corporation);
Thomson (recréation) 1960 – 70 (Lumitype – International Photon Corporation);
Times (duplexé) 1964 (Deberny & Peignot);
Times Cyrillic (recréation) 1960 – 70 (Lumitype – International Photon Corporation);
Univad 1974 (International Photon Corporation);
Weiss (recréation) 1960 – 70 (Lumitype – International Photon Corporation).

English
(Photo caption: At the Deberny & Peignot studio: Ladislas Mandel (facing) showing Univers Bold Extended proofs to Adrian Frutiger (back). Foreground, Lucette Girard. 1956. Photo © Albert Boton.)

On friday, october 26th, 2006, the typographic community was ensadened by the passing of Ladislas Mandel.
Initially trained at the Fine Arts Academy of Rouen (Normandy), then practicing scupture, painting and stonecutting for restauration purposes, Ladislas Mandel was hired in 1954 in the Deberny & Peignot carving & engraving studio. He there met Adrian Frutiger with whom he got his first tuition. Their collaboration would last nine years.
In 1955, Mandel became studio chief and got himself committed into the transposition of D&P metal catalogue into then-starting photocomposition. In 1963, taking the lead after Frutiger, he shifted to an art director position at the very same studio. Within International Photon Corporation, he designed or redesigned numerous typefaces, before settling as a freelance designer in 1977 and specializing into custom phonebook typefaces for which his work remains a reference. His last design in this field is Colorado in 1998 with Richard Southall for US west directories.
Teacher at Paris VIII university, co-founder of “Atelier National de Création Typographique” in 1985, Ladislas seamlessly trained and taught young designers while bringing on his own personal researches on typeface readability. Book lover and wise collector, parts of his personnal collection related to writing will be featured at an exhibition (“Les lettres ont la forme! Une histoire de l’écriture”) taking place at French postal museum in Paris from october, 30th to march, 10th 2007.
He published two books, first in 1998 “Écritures, miroir des hommes et des sociétés”, then “Du pouvoir de l’écriture” in 2004 at Editions Perrousseaux, which stand for a synthesis of its thinking and a committed speech for the renewal of a certain way of considering type design.

  • A fully illustrated and well documented article in French from Olivier Nineuil (originally published in Étapes:55 of october 1999) has also been made available for download.
  • See also the bio that Jean François Porchez wrote for french newspaper Le Monde.
Jean-Baptiste Levée

12 commentaires

  1. Quel choc! Ladislas Mandel a été pour nombreux d’entre-nous, un mentor, un modèle, une référence. Sa disparition laissera un grand vide parmi les créateurs de caractères français.

    Je me souviens encore, comme si c’était hier, de la semaine extraordinaire passée chez lui en 1995 (?), dans sa bibliothèque en compagnie de Gérard Blanchard et quelques autres confrères de Rencontres Internationales de Lure. Nous avions construit une présentation de son oeuvre et collection pour la semaine d’été de Lurs.

    Je me souviens aussi de ses conseils sur la manière de vendre de la typo, en été 1994, au sujet du Monde. Ladislas Mandel était un créateur typographique complet, à la fois bon dessinateur, érudit, et sachant vendre et commercialiser ses oeuvres.

    Pleins d’autres souvenirs me reviennent… Salut Ladislas,


    Jean F Porchez23 octobre, 10:21

  2. Oui, ca fait bizarre car Ladislas etait encore en pleine forme.

    C’etait vraiment une personalite a part dans le monde de la typo avec une pensee humaniste profonde et passionante meme si je n’adherais pas a toutes ses theories. Il nous a aider a reflechir autrement sur la typo; les lecteurs des caracteres plutot que les utilisateurs, l’usage que l’on fait d’un caractere, etc.

    Il me semble qu’il avait prevu de faire un livre sur le dessin de caractere pour completer ses 2 ouvrages precedents, je ne sais pas s’il a eu le temps de faire qqchose.

    On peut ajouter a sa bio qu’avant Rouen, il avait fait egalement les Beaux-Arts a Budapest avant d’emigrer en France. Et puis aussi qu’il a ete une des figures de la Resistance meme s’il ne le clamait pas sur tous les toits.

    Je me rappelle de nos moments passes chez lui ou bien en Asie en 02 et j’en garderais toujours de bons souvenirs.


    Xavier — 23 octobre, 12:53

  3. Bien triste nouvelle !

    Quand je pense que je l’ai rencontré pour la première fois avec d’autres il y a de cela quelques semaines. Il nous avait montré un de ses caractères de commande pour un annuaire téléphonique (je pense que c’est celui pour ITT-World Directories) & nous expliquait de manière remarquable les astuces de ce caractère, dessins & documents d’époque à l’appuis. Dans la foulée il nous rappelait quelques bases élémentaires du dessins de caractères.

    Je n’ai même pas eu le temps de vous remercier Monsieur Mandel, alors merci !!!


    Christophe Badani23 octobre, 13:21

  4. Albert Boton a l’habitude de souligner que la formation de sculpteur de Ladislas, qui a en partie formé Albert à la typo, était très perceptible dans sa manière de dessiner les lettres.

    Ladislas, que je regrette énormément de n’avoir pas interrogé plus longuement lors de nos dernières conversations aux Rencontres de Lure, était un personnage très entier.

    Même si son approche des rapports entre la typographie et le pouvoir ou la pensée dominante, si audacieusement avancée et fort judicieusement étayée dans ses ouvrages parus à l’Atelier Perrousseaux demande encore à être affinée, c’est un apport primordial et magistral.

    Je pense que nous pourrions tenter de rassembler des photos, des souvenirs, des anecdotes, pour un hommage.


    Jef Tombeur23 octobre, 13:35

  5. J’en profite pour rapeller qu’Olivier Nineuil avait publie un dossier d’une 20ne de pages sur le travail de Mandel dans Etapes graphiques 55 en oct. 99.


    Xavier — 23 octobre, 14:02

  6. Dossier très complet à vrai dire, avec énormément de documents pour la plupart inédits.


    jean-baptiste23 octobre, 19:32

  7. Avec une tristesse profonde j’ai su des nouvelles. Quand j’était étudiant dans l’école Estienne, j’ai connu son travail. Au retour à Paris d’après les Rencontres Internationales de Lure, où il a donné une conférence: “études et recherches pour un annuaire téléphonique italien”, et avec des désirs de savoir plus et avec l’impunité que donnent les vingt années, aussi, je me suis communiqué avec lui. Avec une générosité énorme de sa partie, donc, je suis passé tout un après-midi en assistant à une classe particulière sur le theme.

    Ils sont passés 20 années et je l’ai recontre, c’etait a Lyon / Atypi ‘98 et il etait toujours surpris comment quelqu’un d’un lieu “tellement éloigné” retournait à la France toujour intéressé sur la typographie!

    Je voudrais faire la traduction du text qui a écrit J-B Levée pou difusser en Espagnol, est-il posible?

    Beaucoup d’années sont passés et je n’écris plus en Français, mes excuses.


    Silvia H. González23 octobre, 20:57

  8. Un choc que cette nouvelle. Ladislas Mandel, nous étions avec lui cet été encore. Il manquera aux rencontres de Lure ou sa présence était régulière, attentive, comme s’il observait et écoutait avec curiosité, un peu en retrait, sans se laisser éblouir par la technique et en interrogeant la “valeur” des choses. Défenseur ardent de la typographie latine, avec lequel on pouvait parfois diverger, il était toujours porteur de projets collectifs, qui j’espère pourront se poursuivre.


    Nicolas Taffin24 octobre, 17:55

  9. Modèle de culture et de courage, Ladiszlas est resté effectivement toujours pudique sur son activité de résistant. M’associe de tout cœur avec vous autres pour déplorer une grande perte pour la typo et l’humanisme.


    peter gabor26 octobre, 12:04

  10. + 1

    Pas grand chose d’autre à dire à part que sa disparition m’émeut réellement et que mon unique rencontre avec lui à Lurs m’a laissé un paquet de souvenirs tenaces… C’était un nom, un mur porteur…


    Éric26 octobre, 19:56

  11. J’ai eu la chance d’aller de nombreuses fois visiter Ladislas au Paradou qui n’est qu’à deux petites heures de voiture de chez moi, à Reillanne. Parfois même j’ai couché chez lui quand nous devions travailler plusieurs jours. J’avais donc une certaine connaissance du personnage qui, outre la typo bien sûr, était également adroit en cuisine et ne dérogeait pas au rituel du marché d’Arles du samedi matin où, à midi sonnant, il retrouvait des amis à la terrasse d’un café du bd des Lices. A chaque visite, je revenais chez moi culturellement enrichi, même si je n’étais pas toujours d’accord avec tout ce qu’il affirmait avec passion. En tout cas, il était exigeant et attachant au point qu’on finissait par le comprendre et l’aimer au-delà de ses exagérations. Quand on lui faisait remarquer sa bonne santé physique et mentale pour quelqu’un de son âge, il répondait toujours qu’à son âge justement il pouvait mourir pour un rien, comme une bougie qui s’éteint. Et c’est bien de cette façon qu’il nous a quittés : au matin du samedi 21 octobre il a téléphoné à son fils Jean (qui est médecin à Arles) lui disant qu’il se sentait oppressé. Le fils vient, lui donne un médicament et, en fin de matinée, revient chez son père qui ne répondait pas au téléphone. Ladislas était mort sur le canapé de sa fabuleuse bibliothèque, dont il a légué le contenu à la Bibliothèque de l’Arsenal. Il est mort dans sa bibliothèque ! Quel symbole pour qui la connait !

    J’ai assisté à la cérémonie du souvenir au crématorium de Nîmes, cérénomie émouvante et digne. La famille Mandel avait ensuite invité les participants à partager de quoi se restaurer chez Ladislas et comme il faisait chaud (24°) tout le monde restait dans le jardin. Si je dis cela c’est pour signaler que, dans ce jardin, tout le monde se parlait : les jeunes, les vieux, ses petits-enfants avec tous ces gens qui ne se connaissaient pas : ça grouillait de bonne humeur et de vie, alors que les cendres de Ladislas allaient être dispersées dans les Alpilles, à sa demande, m’a dit une vieille dame qui avait fait de la résistance avec lui.

    Merci Ladislas pour tout ce que tu m’as appris pendant plus de 35 ans . Reste maintenant à tenir compte de ton enseignement à bon escient.

    Yves Perrousseaux


    Yves Perrousseaux 1 novembre, 13:59

  12. Fransk om typografi- hvilken fortreffelig blanding!


    Sofie20 novembre, 15:11



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