Le premier blog et forum sur la typographie en France

Sarah Lazarevic avait déjà conçu le timbre postal du viaduc de Millau. Elle continue maintenant sa collaboration avec la ville sur de nombreux projets graphiques dont ce très original caractère de signalétique, le Vitalis.

Voici les explications de Sarah à propos du Vitalis :
“Le caractère Vitalis est inspiré d’écritures cursives romaines gravées sur argiles sèches datant des premiers siècles de notre ère. Ces écritures se trouvent sur des morceaux d’assiettes retrouvés sur le site archéologique de La Graufesenque à Millau : les graffites de La Graufesenque.
La Ville de Millau m’a demandé de réaliser des panneaux de signalétique en utilisant ce caractère, que j’avais dessiné dans le cadre de mon diplôme à l’école Estienne. J’ai réalisé une version grasse, sans ascendantes ni descendantes, pour une meilleure lisibilité.
Il s’agit d’une signalétique destinée aux piétons (principalement aux touristes mais pas uniquement). Les « totems » sont implantés dans tout le centre historique de la ville. Les élus souhaitaient donner à cette signalétique une identité très spécifique et propre à la ville de Millau.”

21 commentaires
Bravo de la part de la Ville de faire appel à une police sur-mesure.
Le Vitalis semble bien pouvoir remplir son role d’identité locale. Je trouve cependant que les “totems” sont un peu trop visibles au détriment des indications qu’ils sont censés afficher. Dommage aussi l’utilisation de petites tailles de texte pour les lignes trop longues… ça crée une hierarchie que n’a pas lieu d’être. N’aurait il pas été possible simplement de mettre des textes sur deux lignes?
Pour ce qui est de la typo, est-ce bien la version grasse qui a été utilisée? Je la trouve un peu fragile, elle manque de “corps”, ne signale pas assez; encore une fois, le totem prend le dessus. Même si c’est fait pour les pietons, ils ne devraient pas avoir besoin de s’arrêter devant pour touver leur chemin.
¶ Jérémie — 14 septembre, 04:36
Ce genre de signalétique est plus fait pour le tourisme et les touristes ont le temps de s’arrêter pour lire des informations.
Le but ultime est bien de conserver le plus longtemps possible un touriste dans un lieu donné. Ce caractère répond bien à ce problème dans ce sens.
A contrario, ce caractère (sa graisse, son style, sa modulation) ne serait pas du tout adapté à une signaltique d’un système de transport publique type Bruxelles dont nous avons parlé ici ou la région parisienne que je connais plutôt pas mal… Pas assez fonctionnaliste dans ce cadre.
C’est un caractère de “style,” “d’identité” pas fonctionnel au sens stricte du terme. La question qu’il faudrait mieux ce poser est si son style “romain” est en adéquation avec la ville de Millau et son histoire? Quelles autres alternatives de styles avait la créatrice du caractère (et son client) pour la ville de Millau?
¶ Jean F Porchez — 14 septembre, 08:55
Je suis assez d’accord avec jeremie.
C’est une tres belle ecriture mais trop typee, trop light et donc pas assez lisible.
Meme si le lecteur est un touriste qui a le temps de lire, ca reste un peu complique.
Ca a tout de meme le merite d’etre different de ce qu’on peut voir habituellement et d’etre audacieux.
¶ xavier — 14 septembre, 12:16
Mais en terme de design global, puisque ces lettres étaient à l’origine gravée sur des éclats de poterie (ostracon, ostraca pour les intimes ;-), pourquoi ne pas avoir essayé d’innover en concevant des supports de signalétique qui soient vraiment en céramique et ou les lettres seraient gravée à la main, comme elles le fut autrefois ? Vrais éclats de poterie collés et protégés sur suport rigide + réhaut de couleur pour mettre en valeur les lettre par exemple ; voire même des systèmes de mosaïque en céramique plus conceptuels mais qui auraient aussi pu rappeller, à leur manière, le contexte historique de la ville (ce ne sont que des exemples rapides hein). Et en plus, cet aspect authentique, jusqueboutiste et artisanal aurait sans doute mieux collé avec le coté « Ville et métiers d’Art ».
Là, on a un totem franchement décalé en terme de forme et de matérieux, par rapport au graphisme.
Sinon, je ne suis pas fan non plus de la typo et de la façon dont elle est utilisée (graphisme, fonction, histoire, intérêt), et encore moins fan du design des totem qui ne met effectivement pas l’info en valeur. Mais je n’ai pas le temps d’écire un roman donc je m’arrête là… nul doute qu’il y aura d’autres commentaires à ce sujet.
¶ Paulette Bouchard — 14 septembre, 12:49
Ouarf ! entre autres fautes d’orthographe probables, j’en ai fait une énorme : « comme elles le fut autrefois » -> « comme elles le furent autrefois ». Désolé, a+
¶ Paulette Bouchard — 14 septembre, 12:53
Merci pour vos messages…
Quelques infos pour répondre à vos questions…
Pour ce qui est de la graisse, cette version grasse est effectivement encore assez maigre, mais aller au-delà aurait dénaturé le modèle d’origine (écritures gravées au style sur argile sèche).
Il n’était pas possible de mettre les textes sur 2 lignes pour des raisons techniques liées à la fabrication des panneaux…
De plus, pour répondre à Paulette, le choix de panneau a été fait par la ville en amont, les municipalités ont des contraintes énormes de budget, délais etc.
Concernant l’adéquation avec la ville de Millau, le site archéologique de la Graufesenque à Millau est le lieu où se trouvait, aux premiers siècle de notre ère, le plus important centre de fabrication de céramiques sigillées de l’Empire romain, et on y a retrouvé des milliers d’assiettes sur lesquelles sont gravés des textes de comptabilité en cursive romaine. Ces graffites constituent le témoignage le plus foisonnant de l’écriture courante en Gaule à cette époque (voir les écrits de R. Marichal sur le sujet). Cette écriture est donc complètement liée à l’histoire de la ville de Millau, et à se fondation il y a plus de 2000 ans. (je n’ai pas proposé d’autres alternatives de style, il n’en a jamais été question, puisque c’est la ville qui souhaitait utiliser ce caractère).
¶ Sarah Lazarevic — 14 septembre, 13:01
“Ils sont fous ces romains!”…ils font leur compta sur des assiettes!
¶ Jean F Porchez — 14 septembre, 13:51
Ah, très content de voir le Vitalis en usage autrement que sur ton mémoire ou dans nos pages… Félicitations.
¶ Jef Tombeur — 14 septembre, 20:58
Compte tenu de toutes les contraintes ou les exigences du client – et il semble il y en avoir plusieurs – je considère que tu as fais du beau travail. Au premier abord, on ne serait pas tenter d’utiliser le Vitalis pour de la signalisation, mais dans le contexte, je crois qu’il passe assez bien. Bien entendu, il faut prendre le temps de s’arrêter pour lire les infos, mais si je suis touristes, en principe j’ai le temps, alors autant profiter de cette belle typo dans cet environnement.
¶ André — 15 septembre, 19:22
Si je suis touriste, en général je suis également perdu :)
¶ jean-baptiste — 15 septembre, 19:52
Le “problème”, je pense, c’est que la conception de la typo et celle des panneaux a été considérée comme deux choses distinctes… alors que dans ce contexte il s’agit d’un seul résultat qui aurait surement gagné a être conçu comme un tout.
Sinon, j’aime beaucoup la typo en tant que telle (curieux tout de même le remplacement du “J” original de l’abécédaire par un autre un peu anachronique dans “CREA-MJC”)
¶ Jérémie — 16 septembre, 16:31
Mais qu’est ce qui vous plait au juste ? c’est l’adaptation typographique de Sarah ou c’est le dessin de lettre d’origine ?
Si c’est l’adaptation typographique réalisée par Sarah qui vous séduit, merci de m’expliquer pourquoi, parce que là j’ai du mal à vous suivre.
¶ Paulette Bouchard — 16 septembre, 19:10
Ah non, non ça va, je suis tranquile, pas de problème, je pose juste la question ;-)
Pour une fois que je n’avais pas mis de smiley…
;-)
¶ Paulette Bouchard — 16 septembre, 20:00
Oups… veuillez excuser l’utilisation trop imprécise du terme “typo”.
Je voulais juste dire que j’aime assez le dessin des lettres qu’a fait Sarah (et la cursive Romaine aussi). Je trouve cette adaptation de l’ecriture ancienne plutot bien réalisée.
Alors vous me demandez “pourquoi?”, je répondrai… parce que les formes sont bien balancées, traduisant bien l’écriture d’origine (la dite cursive dans les assiettes d’argile), le dessin est “sensible” et les traits montrent de délicates modulations tout en étant relativement monolignes. Une agréable et harmonieuse dynamique, ne trouvez vous pas?
Ma dernière remarque se questionnait sur la présence de la lettre “J” recourbée en bas et “chapeautée” d’un trait. Ce “J” “courbé” que l’on peut remarquer sur la photo du panneau dans le sigle “MJC”. Sur l’abécédaire (image d’en haut), le “J” est droit… pourquoi un tel choix? pourquoi avoir changé ce beau “J” droit pour un autre qui colle beaucoup moins à l’écriture originale (la cursive Romaine)
Je voulais aussi dire que c’est dommage de ne pas avoir, dans un tel projet, consillier le dessin des lettres (la police de Sarah) et son utilisation concrète (les totems, la taille du texte sur les plaques jaune luisant…). Le texte composé avec le Vitalis est (à mon avis) trop effacé par rapport à l’impact visuel du totem, et son utilisation en différente tailles n’aide pas à un ensemble lisible, harmonieux, et utile.
Il semble que deux projets différents ont été assemblés “comme on a pû”. Un peu mieux géré “en amont”, ce projet de signalisation aurait pû être réussit. Le résultat ne remplit que “moyennement” l’intention première: guider les pietons et donner une identité spécifique à la ville.
J’ai fait un effort pour essayer d’être plus clair… l’est-ce?
¶ Jérémie — 16 septembre, 22:23
ça a le mérite d’être clair.
Mais assez imprécis…
votre “Non” se réfère t’il à la première ou à la deuxième question?
¶ Jérémie — 17 septembre, 00:54
Merci pour ces explications Jérémie.
¶ Paulette Bouchard — 17 septembre, 08:31
J’aime bien la pancarte de “l’hotel du gommerge” derrière, sur la photo.
¶ solo — 25 septembre, 17:38
Ce ne serait pas plutôt l’”Hotel du Commerce” ? :-)
¶ Christophe Badani — 25 septembre, 17:46
non, non. gommerge, comme dans “je travaille dans le gommerge international”.
;)
¶ solo — 25 septembre, 17:49
Mouarf!
L’est vraiment trop gon ce Solo ;o)))
¶ Éric — 25 septembre, 19:14
Encore un de ces trucs de mobiliers urbains achetés sur catalogue et très cher qui montre décidément l’indigence des municipalités en matière de design et d’intégration dans l’environnement.
Tout ça est fait en dépit du bon sens, autant typographique que dans l’aspect visuel du projet. Quant-à l’explication “historique” du choix de la typographie, elle est ici totalement inappropriée. Il aurait déjà fallu se poser les bonnes question : pour qui ? quoi ? où ?C’est un cas classique dans les municipalités que d’accoucher d’un “consensus mou” qui ne fait plaisir à personne et en dépit de toute rationalité avec grand gaspillage d’argent et de temps. Je doute en tout cas que cet “objet” fasse plaisir à quelques habitants de Millau.
Par contre l’intention et le travail typographique est très intéressant, mais perso j’aurai refusé un tel projet sur une telle signalétique…
¶ zigouiman — 25 septembre, 22:47