Le premier blog et forum sur la typographie en France
Elles sont fraîches, oui, puisque ce livre-album-recueil de specimens (ce qu’était aussi, mais pas seulement, loin de là, La Fontaine aux lettres, du même et de Geert Setola, Belge néerlandophone mais « bilingue belges », toujours disponible, et dont une nouvelle édition, revisée, augmentée, en anglais, est en préparation) a été publié en 2002. Près de 300 polices sont montrées, presque toutes réalisées au cours de la décennie 1990-2000, avec une prédominence pour la seconde demi-décennie (une demi-douzaine de créations de l’année 2001, relativement peu de polices antérieures à 1995 sur ce total), sont – graphiquement – présentées. À la manière d’un specimen collectif inter-fonderies.
« Vérité en deça des Pyrénées, mensonge au-delà, » comme disait Blaise, et nous n’avons pas vécu la même fin de siècle à Paris et Roermond. La création française semble n’être reflétée que par Pierre di Sciullo. Et si René-Albert Chalet est bien évoqué brièvement par Jean-François Porchez (au sujet des polices de Paul van der Laan pour House Industries), les noms à consonnances francophones sont rares (Dulude, Valois qui n’est pas résidant des alentours de Crépy, Bastien, Lavalloise mais si peu Mayennaise). Je ne saurais reprocher à Joep d’avoir négligé Tachdjian qu’à Jean-Jacques de n’avoir pas su se faire remarquer de Pohlen. Ce qui vaut pour tant et tant d’autres. Toutefois, sans viser le moindre pianiste, j’estime qu’il conviendra, pour la décennie 2000-2010, de rectifier le tir. Et s’il appartient aux journalistes de trouver des talents et de les mettre en valeur, il n’est pas inutile que les créatrices et créateurs sachent se faire connaître, au-delà du Lillois (pour Jean-Jacques et des deux côtés du Quevrain, c’est fait, mais un peu tard), ou de la ceinture francilienne des T.G.V. Je remarque en tout cas qu’Espagnols et Catalans ont su davantage retenir l’attention de Joep, et je ne crois pas que son intérêt soit fondé sur des considérations historiques (nostalgie de la présence espagnole, exécration de Napoléon). Il se trouve qu’Espagnols et Catalans sont souvent plus présents lors de manifestations typographiques au septentrion de l’Andorre et de la Navarre que les Belges, Français et Suisses romands sur les rives du Rio Turia (encore que je n’étais pas à Valencia, en juin dernier, pour vérifier lors du Congreso de Tipografia, et que j’espère que la réalité m’a donné amplement tort).
Il est vrai que les typographes français ne parviennent même pas à faire entrer leur vocabulaire dans leurs dictionnaires (voyez combien de caractères accolés à specimen dans les dictionnaires encyclopédiques ou de langue français : ne levez pas tous la main à la fois !). Il faut que le Cabinet des poinçons risque de rester définitivement sous le boisseau pour que nous nous empressions d’en faire connaître l’existence à l’étranger (qui commençait, semble-t-il, au-delà de la Seine et de la rue Gutenberg), et s’il y est souvent reconnu, c’est notamment à des étrangers qu’on le doit (James Mosley, le défunt John Dreyfus, David Mus, et j’en oublie, non des moindres).
Cette digression ne doit pas nous distraire trop longtemps de ce qui fait l’un des intérêts de ce livre, soit le regroupement des polices en catégories. J’ai nommé tout d’abord les Métalliques (Metal), décrites dures comme l’acier, parfois proches de l’écriture manuscrite. Puis les Pictographiques (Picture This), soit des pictogrammes. Les Pochtronnes (Drunk’n), délirantes, fantasques, suivent. En catégorie Ultra Dry (que traduire, ici ? Triple sec ?, non, tant elles se caractérisent par leur sobriété) se trouvent les dépouillées, sans la moindre fantaisie. Les Échevelées (Instant Disorder) peuvent être gominées (avec du gel pour sculpter des crêtes), lacérées, triturées. Les Néo-Crochues (Hooked, là, l’adaptateur cale) sont des néo-classiques revues, modernisées. Les Next Century (Spationautes ?, car elles sont filles des « années 2001 », de l’Odyssée cinématographique, et certaines remontent à 1993) sont-elles si futuristes qu’elles l’ont paru ? Deux ans ! Déjà !? Eh, oui, trois s’il est considéré qu’aucune police publiée au-delà de 2001 ne figure (sauf erreur d’inattention de ma part) dans ce recueil.
Le format (21×34 cm pour 240 pages), la mise en pages soignée, les illustrations (pleines pages, parfois doubles, servant d’intercalaires entre les catégories ou de respirations colorées entre celles des alphabets), destinent aussi ce livre à être offert. En clair, si vous avez des proches qui ne savent comment vous faire plaisir pour les fêtes de fin d’année, allez feuilleter (l’ouvrage est assez mal distribué en France) ou faites-nous – aveuglément – confiance (en jetant toutefois un œil ici, ici, et surtout là ou plutôt, là car ce dernier site est le plus riche en contenus sur ce livre).
— Jef Tombeur
3 commentaires
“voir, sur ce site, la contribution homonyme de Jean François Porchez”
C’est quoi ce truc? je suis pas au courant? Quelle contribution, quel site web?
¶ Jean F Porchez — 16 octobre, 09:46
http://www.typographe.com/article/281/
J’ai bien vu J.-F. P. sous l’annonce d’une exposition en Suisse et sous le titre Fresh Fonts sur ce même site.
¶ Jef Tombeur — 16 octobre, 15:30
Hello,
My french is not very good, so I’ll do this one in English.
I’m the designer and producer of this book. First of all, thanks very much for your nice article.
For interested visitors: there is a site about this book on http://www.freshfonts.nl wich is a site with a review on all sorts of work that I’ve been doing.
To connect directly to the pages of Fresh Fonts, use this link: http://www.freshfonts.nl/intro04.swf .
Here you can find info about this book, some example pages, how to order and some free downloadable fonts.
Greetings, Puk.
¶ puk — 4 novembre, 15:36