Le premier blog et forum sur la typographie en France
Alain Joly, cofondateur de l’association Graphê, a concrétisé la volonté de diverses instances ou individualités désireuses de mettre autrement en débat la question de la préservation du patrimoine historique de l’Imprimerie nationale.
Chacun·e ayant eu à connaître, depuis déjà plus d’un quart de siècle, de la question de la mise en valeur des caractères et des poinçons du Cabinet des poinçons de l’Imprimerie nationale, ou de son accès et de celui du fonds de la bibliothèque, se heurtait à la même logique. La direction et le personnel de l’I.N. étaient désireux de ne pas se priver d’un tel patrimoine, mais ne pouvaient obtenir de l’administration de tutelle la possibilité de placer le Cabinet ou la bibliothèque en des locaux accessibles facilement au public. D’ailleurs, il n’est pas sûr que la volonté d’y parvenir ait été unanime.
À l’Imprimerie nationale, rue Gutenberg à Paris, il faut montrer patte blanche pour pénétrer. Cela tient à ce qu’il n’y a pas qu’un Cabinet des poinçons pour seul cabinet. Le « Cabinet des secrets », qui n’en est pas plus un que celui renfermant poinçons et fontes derrière une porte blindée, n’existe pas vraiment. Il s’agit des services dits de typographie fiduciaire (de confiance) où sont élaborés les moyens d’éviter la contrefaçon de supports de paiement ou d’identification (documents d’identité tels les passeports). Cela n’a évidemment facilité la connaissance du patrimoine par le plus grand nombre, ni favorisé une véritable démarche muséale.
Déjà, lorsqu’il est décidé de créer une imprimerie moderne à Douai (il y a deux autres sites, Évry, et celui de la filiale Istra à Strasbourg), qui ouvrira en 1974, la dévitalisation de l’ensemble parisien est redoutée. La place et le rôle de l’ensemble patrimonial sont dès lors envisagés autrement. Tout début 1994, même si l’État détient encore la totalité du capital, le groupe et ses établissements passent sous statut privé de société anonyme. Il est déjà alors question d’approcher le ministère de la Culture, de trouver une solution susceptible de créer un ensemble muséal ouvert et « vivant », soit produisant traditionnellement, permettant d’initier le public aux métiers, de générer des animations. Mais les partisans de cette solution se heurtent à l’inertie interne et externe, à la valse des responsables dans les ministères (au gré des remaniements), au fait que les personnels bénéficient d’avantages (ils sont ouvriers d’État) statutaires peu transposables, etc.
Puis, avec la décision d’abandonner le vaste ensemble immobilier des rues Gutenberg et de la Convention, en vue de transférer le reste de l’activité parisienne à Choisy-le-Roi, l’espoir renaît. Les plans prévoient un vaste espace aménagé pour accueillir le public, et voir et entendre, par exemple, le dernier graveur français de poinçons, Christian Paput, à l’ouvrage.
En revanche, le conservateur de la bibliothèque, Paul-Marie Grinevald, a été muté à celle du ministère des Finances, et rien de véritablement attrayant ne semble prévu pour le fonds (un incunable, de très beaux livres reliés).
Cet espoir sera de courte durée, d’autant que le site de Choisy pourrait être très facilement réaffecté si les activités ne prouvaient pas leur rentabilité. En fait, hormis celui de Douai, déjà délesté de ses rotatives, aucun des sites du groupe n’est assuré de sa survie à moyen terme.
L’Imprimerie nationale produisait aussi de beaux livres ou des livres relatifs à la typographie, des rééditions de grand·e·s auteur·e·s. Las, la collection La Salamandre et les éditions sont à céder au secteur privé. On ne voit donc guère l’ensemble patrimonial produire autre chose de rentable que du livre d’artiste, des travaux de ville de prestige, des souvenirs pour ses visiteurs.
Une vingtaine d’années de démarches et d’exploration de solutions, suivie par dix années d’activisme plutôt feutré, enfin des initiatives médiatiques récentes n’ont rien recueilli d’autre qu’une attention polie. C’est pourquoi, à la fin du printemps dernier, il fut décidé de susciter un sursaut de l’extérieur. Puisque l’Imprimerie nationale ne peut financer rien d’autre qu’une mise en conteneurs de ses trésors dans l’attente d’aléatoires jours meilleurs, puisque l’État ne prend pas ses responsabilités de diffuseur d’un patrimoine culturel français, européen, mondial, il convenait d’envisager qu’une fondation, ou une autre solution n’ayant plus de lien structurel avec l’entreprise, puisse obvier aux conséquences de l’évacuation des locaux parisiens sans perspective de relogement décent pour la partie patrimoniale.
Une fondation peut généralement recevoir des subventions, et bénéficier d’apports du contribuable. Mais elle doit souvent pouvoir disposer de fonds privés, et trouver des moyens de fonctionnement qui lui soient propres. Une telle fondation, où pourraient siéger l’Imprimerie nationale SA et d’autres organismes privés à parité ou non avec l’État ou des sociétés d’économie mixte, ne peut être créée du jour au lendemain. Trouver un organisme, une administration de rattachement, disposant déjà de locaux à aménager ou susceptible d’en être doté, n’est pas chose plus simple.
Mais il y a urgence. C’est pourquoi l’association Convention typographique, l’université européenne Monotype, des personnalités ou personnes de bonne volonté, se sont regoupées autour de l’association Graphê afin de lancer une pétition.
La Convention typographique, adhérente par ailleurs de Graphê, vous convie à lui apporter votre soutien.
Nous sommes quelques un·e·s à penser, en Europe, ailleurs, que ce patrimoine est de portée mondiale et que son classement devrait bénéficier de l’appui de l’Unesco, de la Communauté européenne, et de fondations privées internationales. À songer qu’un tel ensemble, pas plus que le musée de l’imprimerie (et selon son intitulé, démenti par ses expositions, de la Banque) de Lyon, ou des institutions aussi prestigieuses que le Plantin-Moretus ((Anvers) ou la Saint Bride Printing Library (Londres), ne peut vivre en autarcie. Animer, susciter l’intérêt du public, suppose des spécialisations dominantes, et des circulations.
Mais, en attendant le mieux, il y a le bien qui doit être assuré. Et qui suppose une large mobilisation qui ne se contentera pas de vagues promesses. Il ne s’agit pas de se borner à signer une pétition mais bien d’apporter des idées, des contributions, et de mobiliser autour de soi (en motivant, par exemple, son relationnel, où qu’il se trouve). C’est aussi pour vous, professionnel·le·s, l’occasion de vous faire connaître, de vous valoriser, de faire mieux percevoir le patrimoine de vos métiers, votre patrimoine, celui que vous contribuez à enrichir de vos talents, en créant, innovant. Il s’agit de vos racines.
Signez, faites signer la pétition, mais aussi, aussi, proposez des idées pour la propager, en décupler la portée, et faire en sorte que les moyens qui seront obtenus soient à la hauteur de l’espoir suscité.
— Jef Tombeur
6 commentaires
J’imagine qu’il est peut-être trop tard pour rajouter au rapport ATypI que les associations Graphê et Convention typographique, avec l’Université européenne Monotype, et d’autres intervenants, fédèrent et animent une action visant à la préservation du patrimoine de l’Imprimerie nationale de France.
M’enfin, si c’est encore envisageable…
¶ Jef Tombeur — 24 juillet, 12:38
elle existe en english la page ? J’ai déjà envoyé un mail à toute ma mailing liste (ça me fait penser ue je vais le refaire avec la mailing liste de la laiterie !) mais beaucoup de gens parle pas un français top (comme le dit JT dans la mailing list d’allessandro). Donc l’idéal serait d’avoir une mini page anglaise. Si jamais elle n’existe pas encore, j’ai du temps après vendredi prochain…
¶ julien — 25 juillet, 11:47
Si, on l’aura.
J’ai une version ital., grâce à Jacques André, une version roumaine (Ofelia Dogaru et Andréi Craciun), une allemande (Übersetzt von Grietje-Annette Allibert-Fritsche), j’attends la mexicaine de Jorge de Buen et l’arménienne de Hrant Papazian.
Pour l’anglaise, je pourrais la faire, sauf que, cela ne me mobiliserai pas plus. Donc, je vais trouver quelqu’un d’autre (à moins que Jacques André n’ait déjà trouvé).
Pour la Laiterie, on pourrait envisager un PDF avec en haut, logo Laiterie, en bas, divers logos dont Graphê, la Convention typographique, l’université eur. Monotype, et pourquoi pas le chap. français de l’ATypI, etc.
Et puis, je tenterai d’obtenir que Graphê publie une page de logotypes sur http://www.garamonpatrimoine.org.
Le pb., c’est que l’ami Alain Joly est plein de bonne volonté mais manque cruellement de temps et que les autres (Graphê, autres participants) semblent ne pas (vouloir ?) comprendre que l’union fait la force. Ou plutôt sembleraient (conditionnel qui n’est pas que de pure forme) penser qu’il y aurait des gens plus fréquentables que d’autres et que le menu fretin fait tache dans leur paysage. D’où l’accueil glacial (pour cette raison ou d’autres, je peux me tromper) à l’encontre de ma propal de publier un maximum de logotypes de participants, grands ou petits, appuyant l’initiative.
Rien n’empêche de pomper le texte en ligne, de faire une page avec son logo et sa préface appelant à signer la pétition.
Bien évidemment.
¶ Jef Tombeur — 25 juillet, 17:05
“que les autres (Graphê, autres participants) semblent ne pas (vouloir ?) comprendre que l’union fait la force. Ou plutôt sembleraient (conditionnel qui n’est pas que de pure forme) penser qu’il y aurait des gens plus fréquentables que d’autres et que le menu fretin fait tache dans leur paysage.”
euh… si tu lit bien l’ours de graphê c’est François Weil et moi-même qui le réalisons… (bon les deux derniers numéros c’est surtout François !). En gros il suffit juste de demander pour être exhaussé. Et nous n’avons pas eu de retour concernant des logos à faire…
Donc si tu veux je peux vous les faire les logos (vu que c’est moi qui est refondu le magazine, j’ai forcément le logo de graphê!!). Donc dit moi ce que vous voulez (format/contenu…) et je te livre cela dès la demaine prochaine ;-)
contact moi directement sur info(at)la-laiterie.com
¶ julien — 25 juillet, 21:11
Concours de créa !
L’idée serait de créer un logotype Garamonpatrimoine et des supports de com pour le site En guise de bréf (_bréfage_ et _débréfage_ sont du québécois, que je sache, donc le dérivé doit être _bréf_, non ?), Jacques André proposait une tête numérisée d'un Garamond/t assortie d'un phylactère montrant l'adresse réticulaire du site.
¶ Jef Tombeur — 29 juillet, 14:07
Voir aussi ce qu’en dit Libération de ce jour en rubrique Économie.
(cf. éd. du 5 août courant).
Le site www.garamonpatrimoine.org s’est enrichi de pages, présentant notamment des autocollants.
Vous pouvez confectionner les vôtres comme bon vous semble.
Par ex., décliner le slogan « Ils veulent mettre une X dessus… », puis « Et vous ? ».
Ce qui doit être mis en valeur, c’est l’adresse réticulaire du site.
¶ Jef Tombeur — 5 août, 12:06