Le premier blog et forum sur la typographie en France
Or donc, ce samedi 22 novembre, nous étions en la salle des Sciences historiques et philologiques de l’École pratique des hautes études (soit en Sorbonne) entendre soutenir Sabine Juratic.
Elle a débattu du monde du Livre entre absolutisme et Lumière. Recherches sur l’économie de l’imprimé et sur ses acteurs, sous la houlette de son directeur de recherches, Frédéric Barbier, et l’égide d’un jury séduit comprenant, outre la présidente, Anne-Marie Cocula, pas moins de quatre autres membres du jury. Soit Daniel Roche, Renato Pasta, Jean-Claude Waquet, Istvan Monok. Ce dernier, Hongrois, m’a fait le plaisir de me parler des veuves imprimant en Hongrie, ce qui alimentera la matière de mon bouquin, Femmes & métiers du Livre, à paraître début février 2003 chez Talus d’approche. Comme d’ailleurs maintes choses des articles de Sabine Juratic et, si possible (s’enfermer dans la bibliothèque de la Sorbonne m’est rebutant, et le temps me manque), de sa thèse, sont ou seront repris dans mon modeste essai. Mais je tire trop la couverture à moi…
Félicitations du jury, autorisation de publier (sans doute chez Droz), ce à l’unanimité (rare avec un jury aussi fourni), et sous les applaudissements drus et durables d’une salle comble, auditoire aussi érudit (exception faite de ma personne) que le lieu : voila une première appréciation de l’ouvrage. Prix du jury, prix du public. C’est mérité.
Matheuse (statisticienne), démographe, Sabine Juratic éclaire ce que fut l’imprimerie parisienne et le monde de la librairie depuis les débuts de l’impression au plomb jusqu’à la Révolution française comme personne ne le jamais fit. D’abord parce qu’elle dresse un panorama d’ensemble en ayant fouillé les archives, les originaux (dont les recueils des rôles de capitations des jurandes et corporations), en tirant des conclusions que la sphère civilisationniste est souvent incapable d’établir, faute d’outils et de formation. Ensuite, parce que ses monographies nous rendent sensibles, proches, ces actrices et acteurs. Enfin, parce qu’elle a un talent d’écriture.
La version Droz sera revue et augmentée. Certes, nous ne sommes pas au plus près de l’univers de la création typographique. Mais je crois que pour la compréhension de celui, plus vaste, dans lequel il s’inscrit, cet ouvrage sera d’une lecture indispensable. Enfin, disons c’est mon sentiment quelque peu éclairé par mon lumignon d’amateur de typographie.
Il doit y avoir corrélation (de quelle sorte, sans jeu de mots, je ne sais…) entre la diffusion de l’imprimé et l’expansion de la typographie française en Europe (ventes de polices, fontes d’imitation). Sabine Juratic montre bien l’importance des réseaux de distribution (au sens moderne) et D. Roche évoquait la « ligne Saint-Malo–Paris–Genève » (et Neuchâtel). Il en est une autre, d’Anvers à Porto et au-delà. Et puis, même si le travail de S. Juratic est centré sur Paris, elle ne méconnait évidemment pas la production des provinces. C’est grâce à elle que je m’étais penché sur l’endogamie du milieu (cf. J.-B. Coignard et Jeanne Joban, veuve d’Antoine Boudet de Lyon, pour ne citer que l’un de ses exemples) d’une manière un tant soit peu plus scrupuleuse (pour « mes » Femmes ; tiens, cela me reprend). D. Roche signalait aussi que l’influence de la franc-maçonnerie fut notable. En est-il de même dans le milieu des fondeurs ? Voici une piste à explorer… Cette thèse, et le livre à paraître chez Droz (faute de ne pouvoir l’obtenir chez Talus d’approche), en balise et ébauche tant d’autres qu’il ne faudrait pas se priver de la consulter.
— Jef Tombeur
1 commentaires
Au fait, à l’E.P.H.E., serions-nous plusieurs à suivre le séminaire de F. Barbier ?
¶ Jef Tombeur — 23 novembre, 03:52