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livres 22 mai 09

L’Affaire Dolet (avec marques d’imprimeurs dedans)

Jean-François Lecomte publie, aux éditions Édite, un L’Affaire Dolet, Étienne Dolet, imprimeur-éditeur-libraire, martyr de la liberté de pensée au XVIe siècle (ouf !). Dolet avait été brûlé avec ses livres en guise d’avertissement de l’Inquisition à ceux qui pourraient propager des idées nouvelles. L’ouvrage est illustré.

«Le journalisme, on l’oublie souvent, a estimé Christine Ockrent pour Jeune Afrique (entretien du 10 mai), c’est aussi prendre des risques et aller sur tous les fronts où se joue l’Histoire.» Étienne Dolet est monté au front des polémiques de son temps et il a joué l’Histoire puisqu’elle se souvient de cet acteur majeur des libertés d’opinion et de presse. Il était tout à la fois imprimeur, éditeur et libraire, comme la plupart des maîtres imprimeurs de son temps.

Disputation dans la clergie
Pour des graphistes, signalons tout d’abord que le livre présente des illustrations, montrant des empagements et dispositifs de Dolet, et reprend des marques d’imprimeurs de l‘époque. Mais il est d’autres ouvrages spécialisés dans l’histoire du Livre plus documentés et illustrés. Pour ceux qui s’intéressent à l’histoire de l’imprimerie de ces temps, bien d’autres traités sont disponibles mais peu se lisent comme le très documenté roman d’Anne Cuneo, Le Maître de Garamond. Et pour qui veut davantage saisir le contexte de la « disputation » qui s’acheva par le supplice de Dolet et l’autodafé de ses publications, il faudrait peut-être se tourner vers Éliane Viennot, vice-présidente de l’ Institut Émilie du Châtelet.
Étienne Dolet, natif d’Orléans, étudiant à Toulouse, où il se montrera revendif et « syndicaliste » avant l’heure, fait partie de cette caste de clercs, juristes, médecins, théologiens, et pour l‘époque nouvellement d’imprimeurs, qui forment l’Université, soit la Sorbonne mais aussi le gouvernement des princes. Et les intrigues de palais et d’aula universitaire s’interpénêtrent. C’est l‘époque qui suit l‘émergence du protestantisme et l’Inquisition sert aussi à faire de la politique et des affaires temporelles.

L’apport d’un ésotériste
L’auteur, Jean-François Lecompte, s’extrait ici de sa période de prédilection et de son domaine, l’imaginaire médiéval, pour aborder l’histoire moderne. Il reste un érudit de l‘ésotérisme, vu en tant que sujet d’investigation historique, et les aspects en rapport retiennent quelque peu son attention. Ainsi de son explication de la devise « maçonnique » de Dolet, qui reprend en latin son patronyme (Scabra impolita ad amussim dolo atque perpolio, ou le dolo renvoie verbe doler (amincir, aplanir) et à la doloire (hache), et par euphonie à dolet). L’apprenti ou le compagnon, le maître « maçon », auront franchement reconnu l‘équerre et l’allusion à la pierre brute qu’il convient de dégrossir, même si l’illustration incline à penser qu’il s’agit d‘équarrir un tronc de bois. Mais Jean-François Lecompte n’en abuse pas et son propos est d’exposer une histoire singulière en narrateur s’en tenant aux faits.

Plagiaire face à Estienne ?
Parfois, la concurrence en matière religieuse se double de la compétition dans les affaires. Toujours est-il que Dolet se verra accuser par Estienne de plagiat. Jean-François Lecomte reprend le texte d’un bibliophile érudit du siècle des Lumières pour la biographie de Dolet, mais il n’en prend pas moins lui-même parti. «Je ferai grâce au lecteur des sottises dont Dolet fut libéral dans sa défense envers Charles Estienne ; car on doit blâmer cet excès chez un savant, et Dolet était plus blâmable à cet égard que tout autre, après avoir reconnu ailleurs que son adversaire était un homme docte, diligent, exact, érudit…». Les Stéphanois de l’ESEAIG du bd Blanqui apprécieront. Mais la thèse de l’auteur est que Dolet fut sacrifié par le roi, son protecteur, par la «trilogie impitoyable» que constituèrent l’Inquisition et les cercles lettrés de la Sorbonne, d’une part, mais aussi, parallèlement, quelques imprimeurs «toujours jaloux du succès des plus audacieux».
Par ailleurs, Jean-François Lecompte a rassemblé et adapté en français contemporain des documents et des textes divers, dont de nombreux de Dolet. On en trouvera le descriptif et le sommaire sur le site de son éditeur, e/dite .
L’ouvrage, qui comprend 150 illustrations dont plus de 80 marques de maisons de la profession, compte 272 pages et avait été proposé en souscription. Il coûte à présent 19 euros dans le commerce de la Librairie courante (format 16,5×24 cm).
ISBN-978-2-846-08264-8

Jef Tombeur

1 commentaires

  1. Il y a aussi un timbre Dolet qui sortira en juillet…
    Et C4N donne un éclairage sur le 4 de chiffre des imprimeurs
    http://www.come4news.com/laffaire-tienne-dolet-par-jean-francois-lecompte-227260
    Voir le timbre sur :
    http://www.lepost.fr/article/2009/05/24/1548459_jean-francois-lecompte-revisite-l-affaire-dolet.html


    Jef Tombeur — 24 mai, 16:47



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